Martigues, Juin 1930.
Je marchais tranquillement dans la rue menant au café comme je le faisais tous les matins depuis maintenant trois ans. Trois ans déjà que j'avais eu 14 ans et que j'avais été engagée comme serveuse dans ce petit café nommé l'Hostel. Petit à petit, les propriétaires avaient fait construire des chambres et le petit café était devenu un petit hôtel populaire. Malgré le fait que l'hôtel soit encore petit et très peu connu, aucune chambre n'y était jamais libre et il fallait sans arrêt en construire d'autres. Petit à petit, le personnel du café dont je faisais partie devait apprendre à s'occuper des chambres et nous avions de plus en plus de travail.
Les mains dans les poches j'arrivais dans la Ruelle des soupirants. Je sortais la petite clef dorée de ma poche et j'ouvrais la porte. C'était une petite porte qui donnait sur la cour derrière le bâtiment principal du petit hôtel. Les employés n'entraient jamais par la grande porte. Nous ne devions en aucun cas enfreindre cette règle sinon c'était le renvoi assuré. Si j'avais perdu mon travail à ce moment-là, ma mère ne me l'aurait jamais pardonné.
J'étais l'aînée d'une famille de cinq enfants mais je ne voyait que très rarement mes frères et s½urs qui étaient pour la plupart en pension dans des fermes où ils aidaient les propriétaires. J'avais eu de la chance de trouver cet emploi à l'Hostel car je n'étais pas faite pour les travaux de la ferme. C'est tout juste si je savais coudre et si mes parents l'avaient apprit, j'aurais été mise à la porte. Tous les matins je partais à l'aube pour ne revenir qu'à la tombée de la nuit, fatiguée mais heureuse de faire toutes ces petites choses que j'adorais faire à l'Hostel.
Je n'étais pas femme de chambre, je n'étais pas serveuse. J'étais tout simplement une 'employée polyvalente' comme s'amusait à le dire Madame Daniela, ma patronne, une vieille dame italienne qui gérait son hôtel comme sa maison. Madame Daniela était une femme douce et autoritaire qui traitait ses employés qui s'ils étaient ses propres enfants. Elle n'en avait jamais eu et je savais qu'elle m'appréciait tout particulièrement.
Mes gestes à l'Hostel étaient programmés comme du papier à musique mais jamais la routine ne s'est installée. Chaque jour, nous avions un emploi du temps qui changeait toutes les semaines de sorte que nous ne nous lassions jamais de ce que nous faisions. En ce beau lundi matin de juin, je devais faire la lessive de la semaine puis aller à l'épicerie acheter les quelques légumes qui manquaient pour le repas de midi.
Sur le chemin de l'épicerie, je flânais de-ci de-là, observant les gens comme je le faisais si souvent. Martigues avait beau être un petit village à l'époque, on y rencontrait chaque jour des gens différents. Souvent, je longeais le port, rêvant de voyages à bord de l'un de ces sublimes bateaux qui mouillaient dans le port. Je sentis soudain une main se poser sur mon épaule.
- Bonjour Mademoiselle Rose. Comment allez-vous aujourd'hui ?
C'était Alvez, le fils du pécheur. Il traînait souvent sur le port, réparant des pièces de bateau ou aidant son père à décharger des poissons. Il avait à peine trois ans de plus que moi et c'était un jeune homme adorable bien que très peu fréquentable. Ma mère m'avait interdit de lui parler mais cette fois-là, c'est lui qui avait engagé la conversation et je comptais bien lui répondre.
- Très bien Alvez. Je vais très bien.
- Vous flânez encore sur le port à ce que je vois. Peut-être est-ce juste pour me croiser.
Je rougis et baissais la tête à cette remarque. Le pensait-il vraiment ? Je ne pouvais le laisser répéter cela au village sinon ma réputation de fille facile serait faite. Je tournais alors les talons et commençais à repartir d'où je venais. Il me rattrapa et me prit par le bras.
- Je ne voulais pas vous fâcher Mademoiselle Rose. On dirait qu'à chaque fois je gâche tout n'est-ce pas ?
Il semblait gêné et je me disais qu'au fond, il ne devait pas être si mauvais que ça.
- Non tu ne gâches pas tout, tu es très maladroit voilà tout. Je dois rentrer maintenant. A une prochaine fois peut-être. Voilà, le premier chapitre est publié, les bases de l'histoires sont mises en place, il ne manque plus que vos commentaires... Rose incarnée par la très jolie Leticia Dolera.